L’océan, recevant les eaux issues de l’agriculture et des activités de pêches, est soumis à une pression croissante. Les apports de produits chimiques, de débris plastiques ou de nutriments en excès modifient en profondeur l’écosystème marin et altèrent la santé des espèces. Cet article examine l’influence de la pollution sur la faune marine en se concentrant sur les secteurs de l’agriculture et de la pêche, tout en proposant des pistes pour limiter ces impacts.
Impact des polluants chimiques sur la faune marine
Les substances d’origine agricole (pesticides, engrais, herbicides) et certaines pratiques de pêche (antifoulings, carburants) introduisent dans la colonne d’eau des molécules toxiques. Ces contaminants persistent parfois des années, s’accumulant dans les organismes et engendrant des désordres physiologiques.
Pesticides et fertilisants
- Les nitrates et phosphates issus d’engrais provoquent une eutrophisation, favorisant la prolifération d’algues.
- Les insecticides organochlorés, tels que le DDT (interdit dans plusieurs pays), se bioaccumulent dans la graisse des poissons et des mammifères marins.
- Les herbicides, même à faible dose, perturbent la reproduction des invertébrés et affectent la croissance des mollusques.
Métaux lourds et résidus de carburant
Les activités portuaires et les déversements accidentels de fuel entraînent la diffusion de mercure, plomb ou cadmium. Ces métaux lourds :
- retardent le développement embryonnaire des poissons ;
- diminuent la résistance immunitaire des crustacés ;
- concourent aux malformations des larves de coraux.
Microplastiques et produits dérivés de l’agriculture
Au fil des décennies, les plastiques utilisés en agriculture (films de paillage, filets de récolte) se fragmentent en microplastiques. Les pêcheurs, quant à eux, perdent ou abandonnent des filets, contribuant à l’« appel de la mer » des débris.
Sources et dispersion
Les microplastiques atteignent l’océan via :
- le lessivage des sols agricoles ;
- les réseaux d’irrigation et les stations d’épuration insuffisamment équipées ;
- les filets de pêche dérivants qui se désagrègent en polyéthylène ou en polypropylène.
Effets sur les organismes
Lorsque les petits poissons, mollusques ou crustacés ingèrent ces particules, elles :
- bloque(nt) le système digestif, entraînant une famine chronique ;
- aggravent l’inflammation intestinale, réduisant la croissance ;
- disséminent des substances chimiques adsorbées (PCB, pesticides), avec des effets bioaccumulés tout au long de la chaîne trophique.
Les oiseaux marins et les tortues, confondant les microplastiques avec du plancton, ingèrent des volumes conséquents, ce qui se traduit souvent par une mort lente ou des anomalies de reproduction.
Eutrophisation et déséquilibre des écosystèmes
L’apport massif de nutriments azotés et phosphorés lié à l’agriculture intensive constitue un enjeu majeur. L’eutrophisation entraîne la formation de zones « mortes », privées d’oxygène, où la biodiversité s’effondre.
Mécanismes de l’eutrophisation
Les engrais azotés ruissellent vers les rivières, puis vers la mer. Sous l’effet combiné de la lumière et de la chaleur, les algues prolifèrent, formant un « bloom » dangereux. À leur décomposition, la respiration bactérienne consomme l’oxygène dissous, provoquant des zones hypoxiques ou anoxiques.
Conséquences pour la santé des populations marines
- Disparition des herbiers marins, essentiels à la ponte de nombreuses espèces.
- Diminution des stocks de poisson, car les jeunes poissons fuient les eaux toxiques ou meurent asphyxiés.
- Modifications durables de la chaîne alimentaire, favorisant parfois des espèces invasives moins sensibles à la pollution.
Solutions et bonnes pratiques
Pour limiter la diffusion des polluants et préserver la faune marine, plusieurs approches peuvent être mises en œuvre, à la fois en agriculture et dans le secteur de la pêche.
Agroécologie et réduction des intrants
La conversion vers des pratiques décarbonées inclut :
- l’utilisation de couverts végétaux et de rotations diversifiées pour réduire l’érosion et limiter les nitrates ;
- la mise en place de bandes enherbées en bord de cours d’eau pour filtrer les résidus ;
- l’adoption de produits phytosanitaires biocontrôlés ou de biofertilisants.
Ces solutions diminuent le transfert de contaminants vers le milieu marin et préservent la fertilité des sols.
Gestion durable de la pêche
La pêche responsable implique :
- l’amélioration des engins pour minimiser la perte de filets (filets biodégradables ou plus solides) ;
- la lutte contre la pêche illégale et la mise en place de quotas pour éviter la surpêche ;
- la surveillance des aires marines protégées afin de favoriser la reconstitution des populations.
En réduisant les captures accidentelles et en limitant la dérive des arts de pêche, on diminue la pollution plastique et on soutient la régénération des stocks.
Traitement des effluents et surveillance
Les stations d’épuration doivent intégrer des technologies avancées :
- filtres à charbon actif pour éliminer les molécules organiques persistantes ;
- bioréacteurs à membranes pour réduire les microplastiques et les résidus pharmaceutiques ;
- capteurs en continu pour détecter les pics de contamination et alerter les gestionnaires.
La mise en place d’un suivi scientifique rigoureux permet d’évaluer l’efficacité des mesures et d’ajuster les réglementations.